mercredi 11 septembre 2013

Josh Fox, l'Américain en campagne contre le gaz de schiste



Josh Fox, l'Américain en campagne contre le gaz de schiste

Le réalisateur de "Gasland" laboure la planète et les consciences avec son nouveau documentaire. Son objectif ? En finir avec les "énergies extrêmes".

Le cinéaste militant revient à la charge contre une industrie gazière qu'il juge délétère pour la santé et l'environnement.
Le cinéaste militant revient à la charge contre une industrie gazière qu'il juge délétère pour la santé et l'environnement. © Josh Fox / HBO

 Le Point 9 septembre 2013

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Mardi à Athènes, mercredi à Bruxelles, jeudi à Jouarre en Seine-et-Marne - où existe une plateforme de forage pour l'instant à l'arrêt -, samedi à Montpellier... Josh Fox continue sur sa lancée, après avoir projeté à 250 reprises son nouveau film, Gasland II, aux États-Unis. Ce réalisateur a fait du combat contre le gaz de schiste celui de sa vie, lui qui aime toujours rappeler qu'il s'est emparé de cette cause le jour où il a reçu un courrier lui proposant 100 000 dollars en échange de l'exploitation des gaz situés sous son jardin. Casquette de yankee vissée au sommet de son visage juvénile, le quadragénaire a échangé avec la presse dans la campagne briarde pour donner son point de vue sur cette controverse à l'enjeu économique colossal. Rencontre.

Le Point.fr : Pourquoi venir en France, alors que la loi prévient pour l'instant toute fracturation hydraulique de nos sous-sols ?
Josh Fox : Je veux rencontrer la population et discuter de ce qui se passe. Les histoires que je raconte sont pertinentes pour tous. Une grande lutte est en train d'avoir lieu, c'est le mouvement des citoyens contre une industrie qui doit être arrêtée. Je viens de découvrir que c'est la même entreprise, Hess, qui veut forer ici en Seine-et-Marne comme chez moi en Pennsylvanie. Nous avons réussi à les repousser en créant un environnement politique intenable. C'était une semaine après la sortie de Gasland aux États-Unis. Mais ça ne compte pas que l'on ait gagné sur un seul site. Les huiles et pétroles de schiste sont la prochaine étape de développement des énergies fossiles. Ce sont des énergies extrêmes, qui concernent tout le monde. Souhaite-t-on d'un nouveau régime d'addiction aux énergies fossiles que ces entreprises veulent nous imposer pour des décennies ? Partout dans le monde, que ce soit dans le Colorado, en Allemagne, en Australie, en France, ce sont les mêmes problèmes qui surgissent encore et encore. Et on arrive au point où les gens se disent que nous avons besoin d'un nouveau système qui refuse cet héritage toxique du passé.
Lire notre critique de Gasland II

Qu'y avait-il de plus à raconter dans Gasland II que vous ne dites pas dans le précédent film ?
Dans le premier film, j'abordais les questions de contamination, de pollution de l'air, de santé publique, de violations des droits de l'homme où les exploitations ont lieu. Ce deuxième film commence avec une question : une des crises environnementales les plus graves de la décennie est en cours, mais où est notre gouvernement ? Qui est là pour protéger ces gens ? C'est donc une enquête sur nos représentants et leur façon de gérer la crise. Le premier film était sur le gaz qui met le feu aux maisons, celui-ci est sur l'industrie qui met le feu à notre démocratie. 

Quid de Barack Obama ? Il serait donc tout sauf un président vert, selon vous ?
Pendant son premier mandat, beaucoup a été fait pour enquêter sur les conséquences des exploitations. L'EPA (agence nationale de protection de l'environnement, NDLR) a vraiment pris les devants... jusqu'à sa campagne de réélection, où tout cela s'est arrêté du jour au lendemain. C'était le jour et la nuit ! On est passé de "écoutons et vérifions les plaintes de nos concitoyens à ce sujet" au discours sur l'état de l'Union en 2012, où Barack Obama a annoncé publiquement un soutien ferme à cette industrie. Il y a bien plus en jeu que l'environnement : c'est une question de démocratie avant tout. Je ne crois pas qu'on puisse avoir la démocratie sans que l'on puisse choisir nous-mêmes les énergies que nous utilisons. Oui, je prends la voiture, l'avion, et je pollue. Mais c'est le problème essentiel : nous sommes pris dans une toile de choix limités. Comment faire en sorte d'élargir ces choix ? Et c'est là où l'individu trouve ses limites : les leviers collectifs, étatiques, sont indispensables. J'espère juste que les autres pays ne suivront pas la voie tracée par les États-Unis, où le big business est tellement puissant qu'il influence directement le sommet. C'est pour cela que je me déplace à la rencontre des populations.

 
 
Après cinq ans de tournage et de projections militantes, avez-vous changé, personnellement ?
Ces cinq ans ont été une leçon incroyable. J'ai changé, même si je ne saurais pas vous dire exactement comment. C'est difficile de résumer cela en quelques mots..., mais ce dont je suis sûr, c'est que nous vivons une période sans précédent d'influence des compagnies d'énergies fossiles auprès des autorités politiques. Cela se fait de façon évidente - une histoire de marché à plusieurs milliards de dollars - et de façon bien plus insidieuse, à cause de connexions, de conflits d'intérêts, que nous essayons de mettre au jour dans Gasland II

Quel est votre prochain projet ?
Je veux réaliser un documentaire sur les ouvriers qui travaillent sur les plateformes de forage. Un seul chiffre pour vous démontrer l'intérêt du sujet : ils ont sept fois plus de risques de mourir à cause de leur travail que la moyenne des autres travailleurs.

Source :
http://www.lepoint.fr/economie/josh-fox-l-americain-en-campagne-contre-le-gaz-de-schiste-09-09-2013-1722360_28.php 

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