mercredi 29 janvier 2020

Daniel Mermet : Les 30 ans de "Là-Bas Si J’y Suis" !


Daniel Mermet : "On est infoutu de faire des médias de gauche qui s’adressent au grand public !"





Mardi, Là-Bas Si J’y Suis fêtait ses 30 ans au Cent-Quatre à Paris avec près d’un millier de personnes présentes. 

Émission de radio sur France Inter de 1989 à 2014, "Là-Bas Si J’y Suis" est aujourd’hui un média en ligne (avec 30.000 abonnés). 
Daniel Mermet, son fondateur, est l’invité de #LaMidinale. http://www.regards.fr (voir vidéo en fin d'article !)

Sur le journaliste et le militant :
• Il existe des journalistes comme nous qui pensent que les journalistes peuvent contribuer à être utiles et à changer les choses. 
Militant n’est pas un gros mot. Nous, on fait un journalisme engagé. 
Je fais une grande différence entre journalisme engagé et militant. 
On fait un journalisme classique c’est-à-dire qu’on respecte les faits et les données. Et le commentaire est libre. Les faits sont sacrés, le commentaire est libre. 
Le journalisme militant serait le journalisme de quelqu’un qui a une conviction et qui va chercher dans l’actualité quelque chose qui va nourrir et étayer sa prise de position. Je ne suis pas du tout d’accord avec ce journalisme là. Et ça n’est pas ce que fait Taha Bouhafs pour Là-Bas Si J’y Suis. 
C’est assez curieux que la qualification de journalisme militant tombe toujours sur des gens de gauche. 
On ne dira jamais de Bernard Guetta ou de Christophe Barbier qu’ils sont militants. Pourtant se sont de vrais militants. 
La gauche, ça a une signification. Ça n’est pas fini. C’est un repère pour nous même si les choses bouges. 

Sur la genèse de l’émission Là-Bas Si J’y Suis :
Quand on a commencé, on ne savait pas que le mur de Berlin allait tomber. 
On a fait des reportages qui ont stupéfié la rédaction et la direction [de France Inter]. 
À France Inter au début, on m’a vu comme un débile léger, un ex soixante-huitard, voire un rouge-brun. On était soutenu par Pierre Bouteiller [ex directeur de France Inter]. 
On a trouvé cette formule assez vite : plus près des jetables que des notables. Ça a été ça notre ligne pendant trente ans.
Je suis né dans la banlieue rouge dans une famille de huit enfants. 
Les auditeurs, ils se traduisent par des chiffres : ils sont six millions. Ou six millions et demi. Mais ça, ça n’est pas des auditeurs, c’est de la statistique. 
On a tendance à considérer que les auditeurs ont des questions poser. Nous, on pensait déjà que les auditeurs avaient aussi des réponses. C’est ce qu’on a fait avec le répondeur.  





Sur France Inter :
Aujourd’hui, France Inter vise les CSP+. On est dans le marketing. Les classes populaires, les jeunes, les vieux, ils s’en foutent complètement. 
France Inter n’est pas une chaine commerciale, c’est la confiscation d’un service public. 
Radio France est un service public fantastique issu directement de la résistance. 
France Inter est dirigée par des médiocres. 
France Inter, c’est un faux succès. C’est du marketing. 
J’ai entendu un matin une consoeur lancer ce commentaire : ”en attendant Godot”. Mais qui comprend ? France Inter, c’est un entre-soi. 
Il faut augmenter les budgets de Radio France et en faire un vrai service public. Et que les décisions soient prises autrement, avec les auditeurs notamment. 
Laurence Bloch [directrice de France Inter] a décidé que plus jamais on ne dirait Là-Bas Si J’y Suis ; que plus jamais on inviterait Daniel Mermet. Je m’en fous. Personnellement, ça ne me fâche pas du tout. 

Sur Là-Bas Si J’y Suis aujourd’hui :
On est beaucoup plus libres aujourd’hui. Peut-être trop. 
Avant, on était une émission. Maintenant, on est devenu un média. 
On ne doit des comptes qu’aux abonnés et à l’équipe. 
Le seul qui nous a précédé et on l’a complètement copié, c’est Daniel Schneidermann [avec Arrêt Sur Images]. 
J’ai envie qu’on se tourne beaucoup plus vers le public populaire. On est un peu trop enfermé dans les sujets bobo-intello-parigot. 
Quand les gilets jaunes ont surgi, on n’a pas été surpris. On les connait depuis 25 ans et plus. 
On a vu un sociocide c’est-à-dire une partie de la société qui a été complètement détruite avec le mépris de la petite bourgeoisie intellectuelle. 
On nous a appris à parler le langage de l’ennemi. 

Sur la gauche :
La gauche a lâché le peuple. Elle a abandonné le populo. 
Tous les médias de gauche s’adressent à la bourgeoisie culturelle alors que les médias de droite s’adressent au grand public. On est infoutu de faire des médias de gauche qui s’adressent au grand public. On l’a fait pendant 25 ans. 
La gauche ne pourra s’en sortir que quand elle retissera ce fil avec le grand public. 
La gauche a soupçonné les gilets jaunes d’être à l’extrême droite, ils sont antisémites : il y a une espèce d’héroïsation de la classe populaire. Les gens de la classe populaires sont aussi cons que les autres. 
Il n’y a aucune raison de croire qu’ils sont plus malins. 
Notre devise, c’est : de défaite en défaite jusqu’à la victoire finale. 



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